Un langage partisan, souvent inconscient de l’être : charges sociales et non cotisations, assistanat et non droits sociaux , libéralisme et non capitalisme , Etat-providence et non Etat social de droit, etc. Des problématiques fallacieuses : les dettes publiques dues aux « avantages » des travailleurs et aux missions sociales de l’Etat, une Europe régie sans recours par les marchés, la souveraineté populaire taxée de souverainisme, voire de nationalisme, les services publics jugés archaïques, la laïcité conçue comme une vieillerie, etc.
Des idées reçues et répétées sans distance critique : le communisme confondu avec le goulag, mais le christianisme étranger à l’Inquisition, la charité substituée à la solidarité, les coûts écologiques et sociaux de l’ultralibéralisme externalisés, l’impôt tenu pour confiscatoire, et les déshérités jugés responsables de leur situation. Bref, dans la bouche de ses apologètes, toute interrogation sur l’inhumanité d’un système si content de lui paraissait incongrue et passéiste. La condescendance se mêlait à la morgue, et le cynisme à l’enrichissement vertigineux. Un million d’euros mensuels pour certains PDG du CAC 40, et le smic plafonné à 1 400 euros.
Les soins, la culture, le logement, voire l’eau et l’énergie, devenaient inaccessibles aux exclus, et l’industrie du luxe se faisait florissante. Comme l’avait dit la Dame de fer : « No alternative. » M. Sarkozy agissait en disciple. Mais il fallait un dérivatif aux désespérés. D’où son mimétisme à l’égard de l’extrême droite. Exalter le « nous » contre le « eux », l’ami contre l’ennemi.
Combattre l’exploitation
Rapprocher immigration et menace sur l’identité dite nationale. Jeter l’opprobre sur les immigrés, les Roms, les banlieues. Dans tout cela, un grand absent : le peuple.
Un fait nouveau change la donne. Le Front de gauche fait appel de la victoire idéologique de la droite. Il promeut une nouvelle façon de faire de la politique. Sa campagne est l’occasion d’un immense partage du savoir, d’un pari sur la culture populaire. Chaque discours explique, défatalise, déverrouille l’horizon. Les mots de la domination sont contrés par ceux de l’émancipation. On combat à nouveau l’exploitation, « qui produit la richesse en créant la misère » (Hugo : Melancholia). L’espoir est là, il fait vibrer, aller vers l’autre, ouvrir les livres, explorer la Toile, agir de concert, (re)vivre les solidarités militantes. L’émancipation individuelle et collective reprend sens. Telle est l’autre victoire du Front de gauche, et elle est pleine de promesses.
Certes quelques mois de travail collectif enthousiaste, impliquant toutes les générations, redonnant le sourire et l’envie de politique à bien des déçus, ne peuvent suffire à déconstruire des décennies de fatalisme, d’hégémonie idéologique des nouveaux maîtres du monde. Il y faut du temps, mais le mouvement est lancé, bien plus profond, bien plus essentiel que de simples échéances électorales. Dans tout le pays, le Front de gauche suscite des recherches passionnées sur des sujets auparavant abandonnés aux prétendus experts.
Comme disait Condorcet, il s’agit de « rendre la raison populaire ». Ce pari de la culture permet au peuple de reprendre toute sa place, de se découvrir plus puissant qu’il n’imaginait du fait de la dissuasion distillée sans cesse par les chiens de garde de l’idéologie dominante. « Trop compliqué pour vous, laissez-nous faire. » Non, on ne vous laissera pas faire, on ne lâchera rien ! La Boétie nommait servitude volontaire la soumission consentie. La résistance commence par la réfutation raisonnée. Et elle se poursuit par les luttes sociales.
Bref, le goût de la politique est revenu. Avec à la clé l’émergence d’une gauche décomplexée, libérée de toute fatalisation, fière d’assumer un projet d’émancipation original. Promouvoir le cercle vertueux d’une nouvelle République laïque, d’une économie sociale, et d’une planification écologique. Onze pour cent des voix, c’est à la fois beaucoup et peu. Beaucoup par rapport à l’anéantissement qui précédait : scores infimes, division, lassitude et tristesse.











L’Europe austéritaire contestée
A

Communiqué du Parti de Gauche
Lundi 14 mai 2012, Jean-Luc Mélenchon, candidat du Front de gauche aux législatives à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), était l'invité du 7/9 sur France Inter. Il a répondu aux questions de Patrick Cohen et à celles des auditeurs. Il a défendu la noblesse du combat politique, expliqué pourquoi il s'engageait à aller "parler la langue de l'humain d'abord" à Hénin-Beaumont dans le Pas-de-Calais contre le poison de l'extrême-droite, et rappelé la force des 4 millions de voix du Front de Gauche.


René REVOL 
H. Pena Ruiz : un nouveau discours politique a émergé


LE 10 MAI 2012 : PLACE AU PEUPLE !